Petra Hartman
' Je travaillen par la grace du hasard'
Hartman s’est forgé un nom, au cours des vingt dernières années surtout, grâce aux bijoux et aux sacs bigarrés de sa création. 'Le sac représente le corps, le bijoux est l’âme. Ils vont de pair. Mais mes peintures forment la base.' Il est assez rare aujourd’hui qu’un artiste se voie confier la tâche de créer un autel dédié à la Vierge Marie. Beaucoup d’autels ont été mis au rancart et l’époque où l’église passait régulièrement commande à des artistes est révolue. Mais quand cela arrive quand même, il n’est pas étonnant que l’on s’adresse à l’artiste Petra Hartman d’Oosterbeek (Pays-Bas). Ce n’est pas sans raison qu’elle a mis sur la page d’accueil de son site une figure ressemblant à une Madone avec des enfants. Son langage des images et son symbolisme sont apparentés aux registres baroques qui ont été longtemps à la mode dans l’Eglise.
Elle a conçu pour la petite église vieille-catholique d’Arnhem, un autel en forme de lotus surmontant un coffret à bijoux en argent. Dans les années quatre-vingt, Hartman a suivi une formation en arts plastiques à l’Académie des Beaux-Arts d’Arnhem. Elle s’est orientée vers la peinture et le dessin et a rencontré son compagnon, le designer Ruud-Jan Kokke. 'Il a quitté l’académie pour lancer son entreprise de menuiserie. Nous avons parcouru tous les deux les Pays-Bas pour vendre sa première chaise à lattes.' Les professeurs de l’académie voyaient d’un mauvais oeil cette aventure dans le domaine de la menuiserie. 'Après quatre ans et demi, j’ai été renvoyée de l’académie. Les professeurs ont préféré me laisser tracer moi-même ma voie. Je me suis mise à peindre ce qui se présentait à la fenêtre du bateau qui nous servait de maison et je ne me suis plus arrêtée. Depuis, je peins des fleurs, des paysages et des nus. Les sacs sont venus plus tard.' Pour réaliser son premier sac, Hartman s’est inspirée des formes d’un bouquet. '
J’ai approfondi le sujet : quelle sensation au toucher un sac procure-t-il, à quoi ressemblet-il, que contient-il ? Pour autant qu’on peut y mettre quelque chose dedans et qu’il a une anse, je trouve que c’est un sac. Le fait qu’on le prenne avec soi pour aller au marché est une autre question. Je crée des modèles assez bigarrés, abondamment décorés de strass et de paillettes. Je découpe et travaille des images de vieilles photos, des scènes romantiques avec des femmes nues et des paysages marins.' La vitalité de son art appliqué est une autre caractéristique des peintures de Hartman qui tient à ce que ses toiles restent abordables et accessibles. 'Je passe parfois beaucoup de temps à bricoler et à coudre mes sacs et mes bijoux même si, comme pour mes peintures, ils ont un aspect grossier et négligé qui fait justement leur intérêt. La peinture prend cependant moins de temps.'
Hartman indique par un signe un vase de fleurs posé sur la table. 'Avant, j’aurais peint ces fleurs immédiatement pour être sûre de capter la lumière et les couleurs. A présent, j’utilise une minuscule caméra qui me sert de carnet à croquis numérique. J’essaie d’appliquer la peinture rapidement, directement, de manière concentrée, même avec une certaine fougue. Cela exige une façon de travailler rapide et concentrée. Le travail de préparation est long et puis, hop, je me mets à la tâche ! Il n’est pas possible toutefois d’exécuter une grande quantité d’oeuvres de cette manière en une journée.' La couleur a longtemps été une composante indispensable de l’oeuvre de Hartman mais elle tend à présent à disparaître. 'Ce paysage a été peint ici à Oosterbeek, avec en arrière-plan la plus vieille église des Pays-Bas.' Hartman montre deux grands panneaux noir et blanc formant un tout. 'Je les ai peints aussi en bleu et rouge avec des lignes rapides et puissantes. Etant donné que les lignes sont très graphiques, je ne pense pas en terme de nuances mais de contrastes grossiers et forts. Un peu de manière sérigraphique.'
Dans la salle d’exposition où elle conserve ses toiles, le regard tombe sur une oeuvre noir et blanc en 3D. 'J’expérimente les sculptures en papier. Je dois encore leur trouver un nom approprié. L’arrière est plat en principe, ce sont des objets à pendre au mur. D’abord, je réalise la forme et ensuite, je cherche un dessin qui lui convient.'Cette nouvelle oeuvre de Hartman annonce t-elle une période noir et blanc? 'D’une certaine manière, c’est une rupture avec mon penchant traditionnel pour la couleur. D’une certaine manière seulement, car c’est du noir et blanc mais cela ressemble à de la couleur. C’est de la couleur en noir et blanc.' L’atelier, plutôt désordonné à vrai dire, de Hartman montre toute l’importance qu’elle accorde à la variété dans son travail. Sacs (objets usuels ou pièces de musée), bijoux, bijoux géants, peintures expressives bigarrées, toiles graphiques noir et blanc. Y a-t-il un fil conducteur dans son oeuvre ? 'Je pense que oui mais ce n’est pas très précis. Il y a un côté imparfait. Il est clair que j’éprouve le besoin de réaliser des tas de choses différentes. J’aime le fait que beaucoup personnes de tous bords apprécient ce que je fais. Aussi bien des conservateurs de musée que ma voisine. Et tant des experts en oeuvres d’art que des enfants qui regardent spontanément mes créations.'
www.petrahartman.com
Les oeuvres de Petra Hartman sont également en vente dans le Leolux-Design-Center.
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